“J’ai passé 20 ans d’un camp de Réfugiés à un autre”

Johakimu a fui le Brurundi en 1993. Réfugié en Tanzanie, il a vécu plus de 20 ans dans des camps. En 2013, il a bénéficié du programme de réinstallation et a rejoint la Belgique. Aujourd’hui, à 62 ans, avec sa femme et ses 4 enfants, il tente de reconstruire sa vie.

Propos recueillis en kirundi.

 Qu’avez-vous dû quitter au Burundi?

Au Burundi, j’étais agriculteur, puis, avec mon beau-frère j’ai appris la maçonnerie, j’ai même eu un certificat. En octobre 1993, alors que j’étais encore jeune, j’ai fui en Tanzanie où j’ai passé 20 ans d’un camp de réfugiés à l’autre. Mais il y a un camp où nous sommes restés 9 ans. J’y ai travaillé entre autre comme maçon. Nous étions 120 à faire des petits boulots pour un salaire symbolique qui nous permettait de nous acheter un savon.

Quand le calme est revenu au Burundi, on nous a dit de retourner dans notre pays, ce qui était impossible pour 40.000 compatriotes. Nous avons alors demandé le statut de réfugié en Tanzanie. Seuls 2.500 personnes l’ont obtenu, les autres ont été rapatriés.

Sur ces 2.500 personnes, 30 (5 familles) ont pu bénéficier du programme de réinstallation. Être sélectionné pour ce programme, c’était comme passer un concours national, il fallait répondre à des critères bien précis et bien défendre son dossier. Ce serait faux de dire que nous avons été choisis parce que nous étions “beaux”. La vérité est que nous nous sommes “battus” pour pouvoir venir ici.

Aujourd’hui, quelle est votre plus grande inquiétude?

Quand je pense au Burundi, je fais encore des cauchemars. En arrivant en Belgique, j’étais malade et je ne pesais que 46 kg. Maintenant j’en ai 60 et je me sens bien, ma santé est revenue, c’est le plus important. Je suis en sécurité, quand je me promène dans le quartier, les gens me disent bonjour, personne ne me fait du mal. Je n’ai pas de grande inquiétude.

La seule chose qui me tracasse c’est que je ne sais toujours pas parler le néerlandais.

Que souhaitez-vous pour l’avenir?

Ce serait de travailler même si je ne suis plus tout jeune. Donc, il faut d’abord que j’apprenne le néerlandais, c’est pourquoi je suis des cours avec un groupe de 7 personnes, j’apprends tout doucement. L’ambiance est bonne même si la communication n’est pas toujours facile. J’arrive maintenant à comprendre ce que le professeur dit, c’est un grand progrès. Mon épouse et mes enfants connaissent mieux le néerlandais que moi. Les jeunes apprennent beaucoup plus vite. Je suis étonné quand je vois ma plus jeune fille de 5 ans parler en néerlandais avec ses amis. J’ai l’espoir que bientôt je connaîtrai la langue et que je pourrai trouver un travail qui me convienne.

L’essentiel est d’être en sécurité et en bonne santé.

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