Portraits de femmes: Alissar « Etre indépendante, c’est être libre »

Alissar, 45 ans, Responsable logistique à Convivial

Alissar est ingénieur-agronome de formation. Elle a fui la Syrie en guerre. Aujourd’hui, elle est devenue Responsable logistique à Convivial. Son travail consiste à trouver les meilleures solutions organisationnelles. Son vécu de réfugiée, elle l’a transformé pour aider les autres. Qui mieux qu’elle sait ce que signifie arriver dans un pays et ne pas savoir par où commencer pour se reconstruire ?

 

Portrait de Alissar. Crédit photo: Paul-Henri Verlooy

Alissar a grandi à Damas dans une famille où elle est la seule fille d’une fratrie de quatre enfants. Au contact de ses frères, elle a développé un caractère bien trempé de femme indépendante : « Dans ma tête les femmes sont les égales des hommes, ce n’est qu’une question d’éducation. Je n’ai jamais accepté de ne pas pouvoir réaliser des choses parce que je suis une femme ». Les parents d’Alissar ne font pas de différences entre leurs enfants, les tâches ménagères sont équitablement partagées à la maison et elle est encouragée, au même titre que ses frères, à faire des études. Suite au divorce de ses parents, elle a dû apprendre à se débrouiller seule pour financer ses études et aider sa mère : « C’est la première leçon que j’ai apprise dans la vie, quand tu es indépendante, tu es libre. Le jour où tu as besoin d’argent, c’est un point faible dont les gens peuvent profiter. »

Amoureuse de la nature, elle deviendra ingénieur-agronome et décroche un poste à responsabilité dans la gestion des parcs de la ville. Quand la guerre éclate, elle pense d’abord rester en Syrie pour aider celles et ceux qui en ont besoin mais la ville devient de plus en plus dangereuse et le moral de sa mère âgée décline. Leur chance, c’est d’avoir de la famille en Belgique où les frères d’Alissar vivent depuis plus de 30 ans ; sa mère obtient un visa pour la Belgique. C’est ainsi qu’un matin, bravant tous les dangers des rues de Damas, elle conduit sa mère à l’aéroport en lui promettant de la rejoindre rapidement. Ce n’est seulement qu’au bout de deux ans qu’Alissar finira par obtenir un visa pour Genève et rejoindra sa famille en Europe.

Elle habite quelques mois chez ses frères le temps d’obtenir son statut de réfugié. Une fois reconnue, commence pour Alissar un vrai parcours du combattant : « Je ne voulais pas rester à la maison à broyer du noir, à être obnubilée par ce qui se passait en Syrie, j’ai décidé d’aller de l’avant pour trouver du travail le plus rapidement possible. J’ai toujours eu l’habitude de travailler même pendant mes études où j’ai été assistante en physique et mathématiques. »

Pour cette femme très qualifiée qui n’a obtenu qu’une équivalence partielle de son diplôme d’ingénieur-agronome, le plus difficile c’est d’avoir perdu son indépendance « C’était dur pour moi d’accepter l’argent du CPAS ou de ma famille. Je ne supporte pas bien l’idée d’avoir besoin d’aide. Trouver du travail rapidement, c’était l’unique solution que j’envisageais pour récupérer mon indépendance »

Pour atteindre son objectif, Alissar doit tout « recommencer à zéro » : apprendre la langue et les habitudes du pays, se forger une expérience dans la pratique d’un nouveau métier, se faire des amis… Elle suit alors des cours de français le matin et se forme à un métier le soir (comptabilité et gestion administrative). Ses efforts seront payants, elle décroche son premier contrat de travail comme assistante administrative aux Petits Riens.

Grâce à son expérience en Belgique et son parcours de réfugié, elle a découvert qu’elle était capable de s’adapter et d’apprendre à vivre n’importe où : « Je ne peux pas dire que je ne suis pas bien ici. J’ai eu la chance d’avoir une deuxième chance, une deuxième vie, un deuxième défi. Quand j’étais en Syrie, j’étais loin de penser que j’étais capable de changer des choses dans ma vie, c’était la routine. ».

Si un jour, la guerre s’arrête en Syrie, Alissar aimerait y retourner pour retrouver sa ville ; Damas, ses parcs, ses arbres, ses plantes dont elle aimait s’occuper avant la guerre. Qui sait le métier qu’elle y exercera ? Car en Belgique Alissar a découvert qu’elle aimait bien aussi « planter l’espoir dans le cœur des humains ».

 

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