Une minorité des Réfugiés syriens trouvent asile en Europe

Le conflit syrien a produit, depuis son début en 2011, près de 4 millions de Réfugiés. Selon le UNHCR, fin 2014, une faible proportion (218.000 personnes) avaient trouvé asile en Europe, dont 203.000 dans l’Union européenne, en Norvège et en Suisse, ce qui représente environ 5% de l’ensemble des Réfugiés syriens.

Rencontre avec Caroline Intrand, Co-directrice du Ciré (Coordination et Initiatives pour Réfugiés et Etrangers), autour de l’accès des Réfugiés syriens à l’Europe

Les statistiques de l’UNHCR indiquent qu’un nombre très faible de réfugiés a trouvé asile en Europe depuis le début du conflit en 2011. Selon vous, qu’est-ce qui explique cet état de fait?

Demandes d’asile des Syriens dans l’UE + Norvège et Suisse, source : UNHCR

Demandes d’asile des Syriens dans l’UE + Norvège et Suisse, source : UNHCR

Les frontières de l’Union européenne sont fermées, dans le sens où chaque Etat membre a défini des critères pour entrer sur le territoire. Pour atteindre le territoire de l’Union européenne il faut pouvoir prouver qu’on remplisse ces critères (visa, etc.). Or, des personnes qui fuient leur pays ne remplissent pas les critères d’entrée légale dans les différents pays de l’Union européenne, car, d’une part, ces critères sont très stricts et, d’autre part, ils sont impossibles à remplir en situation de guerre ou de conflit. Les Réfugiés syriens ne peuvent donc pas légalement atteindre le territoire européen, et le seul moyen pour qu’ils puissent venir déposer une demande d’asile c’est qu’ils arrivent de façon irrégulière au moins à la frontière d’un pays européen qui a une frontière extérieure. Il y a des voies d’entrée terrestre, telles que la Bulgarie et la Grèce, et des voies d’entrée maritime, la Grèce également, mais ça peut être aussi l’Italie ou l’Espagne. Mais, étant donné qu’à l’heure actuelle tout est fait pour qu’atteindre ces frontières-là soit quasi impossible, venir en Europe de façon irrégulière demande aux Réfugiés syriens de pas mal voyager, cela prend du temps, de l’argent, de l’énergie et ce n’est pas forcement couronné de succès. Donc, pour résumer, entrer légalement est impossible parce que les personnes ne remplissent pas les critères, entrer illégalement est difficile et dangereux.

Les demandeurs d’asile syriens qui réussissent à atteindre l’Europe sont concentrés dans un petit nombre de pays d’accueil, dont l’Allemagne et la Suède qui en accueillent plus que la moitié. Comment s’explique le fait que les demandes ne soient pas davantage réparties au sein de l’Union européenne?

On sait qu’au moment où les personnes, et en particulier celles qui quittent des zones de conflit, choisissent de partir en Europe, leur fenêtre de choix d’un pays européen est extrêmement faible, voire nulle. Sur les plans des accès légaux, certains pays, comme l’Allemagne et la Suède, ont procédé à d’importants efforts ; en Allemagne, plus de 20.000 personnes ont ainsi pu bénéficier d’un accès humanitaire. Ensuite, je dirai, et cela a été corroboré par un certain nombre d’études, que ce sont plutôt les filières qui organisent les départs qui déterminent vers quel pays les gens vont partir. Cela peut aussi s’organiser par rapport à la famille qui est déjà dans un pays européen qui fait venir les siens, dans ce cas il y a aussi une logique communautaire, familiale, mais je ne pense pas que ça soit la majorité de cas. Parce que pour venir jusqu’en Europe de façon irrégulière on a obligatoirement besoin d’un passeur, et les passeurs vendent un service qu’on ne discute pas.

La réinstallation est-elle une/la bonne manière de garantir l’accès à l’Europe pour les Réfugiés ?

Non, pour nous la réinstallation doit évidemment être élargie, mais elle ne doit pas dédouaner les pays européens de leur obligation d’accueillir, d’ouvrir les frontières pour laisser venir les gens qui ont besoin de protection. La réinstallation est une politique secondaire, il faut au moins faire de la réinstallation, c’est un minimum, mais il ne faut pas que la réinstallation devienne la raison pour laquelle on n’ouvre pas les frontières.

On voit bien que les voies d’accès à l’Europe pour les migrants de façon générale sont extrêmement réduites et que l’Union européenne n’a pas pour objectif d’y remédier. On est dans une situation de fait où l’Union européenne filtre et cela est contraire au droit d’asile. Cette fermeture est si importante que les Etats européens, cyniquement, laissent des drames perdurer en Méditerranée et aux frontières de l’Europe. Aujourd’hui il y a pas mal de voix qui se lèvent pour dire que pour qu’il n’y ait plus de morts en Méditerranée il faut plus de voies d’entrée légales. Même le Conseil de l’Europe commence à avoir ce discours clair : son rapporteur spécial pour les droits des migrants a demandé aux pays de l’Union européenne de revenir sur cette vision ultra fermée.

Le Ciré s’est positionné en pointe sur la question de Frontex, l’Agence européenne de surveillance des frontières, demandant purement et simplement la fin de l’Agence, parce qu’elle est à la fois le symbole et le bras opérationnel de cette politique. Même si Frontex ne fait pas l’ensemble de la politique de fermeture des frontières, c’est cette Agence qui révèle par son action les intentions des Etats membres, c’-est-à-dire avant tout empêcher les migrants d’arriver sur le territoire. Pour nous le mandat de Frontex est contraire au droit d’asile et à l’engagement des Etats dans la Convention de Genève : il n’y a que la liberté de circulation qui peut garantir un vrai accès au droit d’asile aux personnes qui fuient leurs pays.

Il faut un accès libre au territoire pour venir déposer une demande d’asile.  Pour garantir véritablement la protection et pour que les Etats de l’Union européenne remplissent leurs obligations en matière de protection selon la Convention de Genève, il faut lever les contraintes. Les voies d’accès légales doivent être profondément assouplies. Si on maintient le système de visas, il faut délivrer des visas humanitaires, des visas pour demander l’asile, et qu’ils soient délivrés facilement, rapidement, pour que les personnes puissent prendre l’avion, venir, déposer une demande d’asile. Aujourd’hui le taux d’acceptation est très élevé, mais la demande est très forte et elle n’arrive pas jusqu’ici.

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